
Sumario: 2 février 2009, Addis Ababa - Discours du Vice-président Antonio Tajani a l'occasion du sommet de Chefs d'État et de Gouvernement de l'Union Africaine
Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Africaine,
Monsieur le Président de la Commission de l'Union Africaine,
Madame la Commissaire de la Commission de l'Union Africaine chargée des infrastructures,
Mesdames, Messieurs,
C'est un honneur pour la Commission Européenne et pour moi-même, son Vice Président en charge des transports, de m'adresser à ce Sommet des Chefs d' Etats et de Gouvernements de l'Union Africaine, dans cette session dédiée aux infrastructures, à leur développement et à leur financement.
Non seulement les infrastructures doivent irriguer le continent africain, accélérer son développement et permettre l'intégration politique et économique, mais elles sont également le lien tangible qui unit nos deux continents, elles sont notre avenir partagé, elles incarnent la relation privilégiée de l'Afrique et de l'Europe.
Je peux vous assurer que l'Union Européenne continuera à soutenir vos efforts en vue de la réalisation de ces infrastructures essentielles pour la mobilité des biens et des personnes en Afrique: le secteur des transports est un vecteur essentiel de l'intégration et du développement durable de l'Afrique.
Je voudrais aussi vous féliciter pour les progrès faits par l'Union Africaine dans le domaine du transport. Le plan d'action 2008-2012, adopté lors de la Conférence d'Alger des Ministres du Transport de l'Union Africaine d'Avril 2008, est sans doute une très bonne base pour faire progresser les transports en Afrique.
Je souhaiterais maintenant entrer dans le vif du sujet et vous parler des mes idées concernant les Axes Trans-Africains.
Il est clair que la coopération entre l'Union Européenne et l'Union Africaine en matière de transport doit d'abord reposer sur le secteur routier. Je vous assure aujourd'hui de mon appui aux efforts du continent africain pour mettre en place les "Trans-African Networks". Je suis persuadé qu'avec une bonne coordination et avec l'aide européenne, des grands axes routiers est-ouest et nord-sud pourraient être réalisés dans des délais raisonnables.
Dans le contexte du partenariat infrastructures, la Commission et les Etats membres de l'Union Africaine, les Communautés économiques régionales, la Banque africaine du développement, le Nouveau Partenariat pour le Développent de l'Afrique (NEPAD), la Commission Européenne et ses Etats membres et la Banque européenne d'investissements travaillent tous sans relâche afin d'assurer la réalisation des grands axes trans-africains qui font maintenant l'objet d'un programme panafricain consolidé.
(Ces axes sont les suivants:)
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Dakar
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N'djamena
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Nouakchott
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Lagos
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Khartoum
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Djibouti
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Lagos
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Mombasa
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Le Caire
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Gaborone
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N'djamena
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Windhoek
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Beira
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Lobito
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Dar Es Salam
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Kigali
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L'Europe vous accompagne - et vous accompagnera - en assurant les ressources financières requises et en vous fournissant l'aide technique nécessaire. Le Fond Européen de Développement (FED) a déjà alloué plus de trois milliards d'Euros aux 8 axes et 3 milliards d'Euros supplémentaires sont programmés au titre de 10éme FED. Ces moyens considérables ont également pour effet de catalyser les financements des grandes institutions financières européennes, sous l'égide de la Banque européenne d'investissement.
Pour soutenir ce processus et en accroître la portée politique, je voudrais aujourd'hui partager avec vous quelques éléments de réflexion sur cette relation stratégique entre l'Europe et l'Afrique dans de domaine des transports.
Cette réflexion a son origine dans la réunion tenue à Bruxelles avec Madame le Commissaire, Docteur El Ibrahim, à l'occasion de la rencontre d'Octobre 2008 entre les Commissions européenne et de l'Union africaine.
Je crois qu'il est temps de poser comme priorité plus visible et plus forte le développement des transports entre l'Europe et l'Afrique.
L'actuelle crise économique mondiale risque d'avoir des conséquences sur les ressources nécessaires aux investissements requis pour nos routes, nos chemins de fer, nos aéroports et nos ports. Mais, en même temps, les plans de relance élaborés à tous les niveaux font des infrastructures une des priorités. En effet, ce sont elles qui favorisent le commerce et la compétitivité de nos économies et qui constituent donc la réponse la plus adéquate à la crise.
Si la construction des infrastructures reste la priorité en Afrique, il est également important d'assurer leur entretien. Je crois dans la possibilité de développer des jumelages avec des entreprises européennes pour favoriser le développent d'un savoir-faire africain. Par exemple, les européens pourraient aider à développer des solutions pour limiter les impacts négatifs de la surcharge des poids lourds sur les routes.
Dans le contexte des Réseaux Trans-Européens des Transports (TEN-T), la Commission européenne s'attache à favoriser l'émergence de projets publics et privés, parfois à l'aide de partenariats, qui permettent de compléter les chainons manquants, notamment les sections transfrontalières de notre réseau. Les outils déployés pourraient s'appliquer dans les processus engagés par la Commission de l'Union Africaine en appui des États et des Communautés économiques.
Par exemple, je pense aux Coordonateurs Européens, qui sont des personnalités politiques mandatées par la Commission européenne pour assurer le développement coordonné d'un corridor de transport. Les coordonateurs européens incarnent ces corridors, ils en sont en quelque sorte les garants et leur engagement a fortement contribué à accélérer le développement du réseau transeuropéen des transports.
D'autres instruments existent et mes collègues de la Commission européenne sont à la disposition de la Commission de l'Union Africaine pour les présenter, comme ils l'ont déjà fait lors de la Journée des Infrastructures du 28 Janvier.
J'ai la conviction que le réseau Trans-Africain de transport et le réseau Trans-Européen ne doivent pas seulement se nourrir l'un de l'autre, mais que le temps est venu d'en envisager l'interconnexion.
Ce sont les transports qui unissent nos citoyens et facilitent le commerce entre nos continents. Je voudrais dès lors vous proposer un processus qui viserait à établir la base d'un réseau Euro-Africain des transports. Il s'agirait d'abord d'un exercice de planification visant à identifier les points de connections entre nos réseaux, sur le modèle de ce qui se fait déjà dans le cadre du réseau transméditerranéen de transport.
Je suis convaincu qu'un tel exercice donnera non seulement une visibilité politique accrue à notre coopération, mais permettra aussi d'identifier les projets prioritaires nécessaires à l'interconnexion efficace de nos systèmes de transport. Nous devons donc développer ensemble un cadre stratégique cohérent pour nos relations dans ce secteur.
Après avoir abordé le cadre stratégique du secteur routier, permettez-moi d'en esquisser les contours pour le transport aérien et le transport maritime.
En matière de transport aérien, les relations entre l'Union européenne et l'Union africaine, sont relativement nouvelles. Les Etats de l'Union européenne entretiennent de longue date des liens avec l'Afrique, mais l'Union européenne est un acteur relativement 'jeune' en la matière. Malgré cela, le développement de son rôle est très rapide, avec, par exemple, des accords importants avec les Etats-Unis, le Canada, ou encore l'Inde.
Je souhaite que l'Afrique fasse partie des interlocuteurs privilégiés en matière de transport aérien. Il y a tout à faire, une stratégie à dessiner ensemble. Je n'ai pas d'idée préconçue sur la forme que pourrait prendre ce partenariat: il convient de le bâtir ensemble. Mais j'ai la volonté politique de faire avancer nos relations, parce que je pense que le transport aérien est un vecteur de croissance et un vecteur de rapprochement entre les peuples, comme il l'a été entre les 500 millions d'Européens.
Les défis auxquels est confrontée l'aviation requièrent, à mon avis, un cadre stratégique commun et un plan d'action qui seront définis lors de la conférence Afrique - Union européenne de l'Aviation civile. J'invite à Windhoek tous ceux qui s'intéressent au rapprochement de nos relations, les 2 et 3 avril. Je souhaite que ce Sommet nous permette de mettre en place un agenda de coopération ambitieux, mais bien évidemment réaliste. Car les défis communs auxquels nous devons faire face pour moderniser ce secteur, dans les domaines de la sécurité et de la sûreté, dans le domaine des technologies et des infrastructures aéroportuaires de même que de la navigation aérienne, ne peuvent pas être sous-estimés. La seule façon d'y faire face c'est en exprimant de façon claire l'engagement politique et technique de toutes les parties: des Etats, des Communautés régionales, de l'Union africaine et de l'Union européenne, tout en reconnaissant qu'il n'y a pas de développement et de relations économiques durables avec l'Union européenne sans transport aérien.
Même si je ne veux pas entrer à ce stade dans la "matière" que pourrait couvrir un cadre stratégique à définir ensemble, je souhaite néanmoins aborder rapidement deux points importants à mes yeux. L'un porte sur la reconnaissance de la nature communautaire de nos compagnies aériennes européennes; le second sur la sécurité aérienne.
A l'heure actuelle, la vaste majorité des accords aériens entre les Etats africains et les Etats européens ne sont pas compatibles avec le droit communautaire car ils sont basés sur les 'clauses de nationalité'. La Commission, comme les Etats de l'Union européenne, ont l'obligation de s'assurer que ces accords sont mis en conformité avec le droit, car nous ne pouvons pas coopérer sur base d'accords illégaux. Il faut donc remplacer ces clauses de nationalité par des clauses communautaires.
Il est important de préciser que cela n'a pas pour objet de modifier l'équilibre réciproque de l'accès au marché mais uniquement de refléter la réalité de l'intégration européenne en droit. Nous sommes bien évidemment prêts à procéder de même pour reconnaître l'intégration du marché africain dans le cadre du processus que nous connaissons tous comme la décision de Yamoussoukro. Nous sommes attachés au principe de réciprocité.
En ce qui concerne la sécurité aérienne, vous connaissez le règlement de l'Union européenne et sa liste qui porte sur les restrictions et les interdictions d'exploitation de compagnies tierces dans l'Union européenne. Je voudrais insister sur trois messages:
Le développement du transport maritime, de liaisons plus fréquentes, plus fiables, mieux intégrées au système de transport en amont et en aval des ports doit aussi devenir une priorité. Nous devons travailler ensemble pour que voient le jour des autoroutes de la mer entre l'Afrique et l'Europe, sur le modèle que nous essayons de mettre en place en Europe. Des projets pilotes émergent en Méditerranée et peuvent servir de référence pour d'autres projets avec l'ensemble du continent.
Dans ce contexte également les questions de sécurité et de sûreté seront centrales dans notre partenariat. Nous devons coopérer étroitement avec l'Organisation Maritime Internationale pour traiter ensemble les problèmes de sécurité des navires, de pollution maritime, et bien sûr de piraterie. Il y a beaucoup à faire et nous devons sans délai définir le cadre de notre stratégie et son chemin d'action.
Autres thèmes à inclure dans la coopération Europe-Afrique en matière de transport
Beaucoup d'autres thèmes pourraient également être inclus dans le cadre de notre coopération. Avant de conclure, je souhaiterais vous en suggérer quelques-uns:
Mesdames et Messieurs les Chefs d'Etat et de gouvernement,
Monsieur le Président de la Commission de l'Union Africaine,
Madame la Commissaire en charge des infrastructures,
Mesdames, Messieurs,
La mise en œuvre du partenariat stratégique entre l'Afrique et l'Europe est une grande responsabilité collective. J'espère avoir pu vous convaincre aujourd'hui de mon engagement personnel, ainsi que de l'engagement politique de la Commission européenne pour faire d'un futur réseau Euro-Africain de transport la pierre d'angle d'une mobilisation accrue de tous les acteurs du développement et du secteur des transports.
Un système intégré d'infrastructures de transport fiables, efficaces et abordables stimulera l'intégration régionale et assurera une participation plus large du Continent africain à la mondialisation. C'est pour cette raison que les Chefs d'États et de Gouvernement de l'Union Africaine ont justement décidé d'inclure dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) des cibles et des indicateurs des transports, en vue d'accélérer la réduction de la pauvreté.
Grace aux initiatives déjà prises au niveau africain et à cette nouvelle dimension de la relation privilégiée entre l'Afrique et l'Europe, dont le Commissaire Louis Michel et moi-même sommes des promoteurs acharnés, je suis intimement convaincu que nous arriverons, ensemble, à relever ces défis majeurs liés au transport en Afrique.
C'est là mon vœu et mon ambition pour les mois et les années à venir.
Merci pour votre attention.
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