
Sommaire: 24 juillet 2001: Intervention de S.E.M. Jean De Ruyt au nom de l'Union européenne. La situation en République Démocratique du Congo (New York)
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de prendre la parole au nom de l'Union européenne. Les pays d'Europe Centrale et Orientale associés à l'Union européenne, Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie et les pays associés Chypre, Malte et la Turquie se rallient à cette déclaration.
Je suis particulièrement heureux que les circonstances aient permis que ma première intervention devant le Conseil de sécurité au nom de l'Union européenne concerne la situation actuelle en République Démocratique du Congo (RDC) qui me tient particulièrement à cœur à moi et à mon pays. Elle permettra de mesurer l'action de l'ONU sur le terrain, d'évaluer les réalisations concrètes de la MONUC ainsi que de proposer des améliorations dont cette mission de maintien de la paix pourrait bénéficier
dans le futur proche.
L'Union Européenne salue la présence du Secrétaire général parmi nous ce matin et le remercie pour son implication personnelle sur ce dossier. Comme l'ont déjà fait très éloquemment les membres du Conseil tenons à féliciter le Représentant spécial du Secrétaire général Kamel Morjane pour le travail exemplaire accompli à la tête de la MONUC au cours des 20 derniers mois. La tâche de déployer et d'installer la MONUC ne fut certes pas facile, mais le défi fut relevé avec courage et brio. Il ne
sera pas facile de remplacer l'ambassadeur Morjane mais l'Union européenne insiste pour que cela soit fait sans délai car il serait particulièrement malvenu de laisser vide ce poste stratégique dans le contexte actuel.
La Communauté internationale souhaite le retour à la paix et le redémarrage économique de la région des Grands Lacs, en particulier en RDC pays à la géopolitique si particulière puisque situé au centre du continent africain et exceptionnellement riche en une multitude de ressources naturelles dont l'exploitation à outrance par les belligérants sans que les populations congolaises en tirent le moindre bénéfice, est l'un des moteurs du conflit. La Communauté internationale est bien consciente que
la stabilité régionale dépend de la situation en RDC.
L'Union n'a cessé de le répéter : seule une solution politique au conflit qui perdure en RDC est viable. Un choix des belligérants de poursuivre l'option militaire ne conduirait qu'à des souffrances supplémentaires, souffrances dont sont lasses les populations déjà tant éprouvées par les années de guerre.
Monsieur le Président,
L'Union européenne estime que la fenêtre d'opportunité qui s'est ouverte en RDC depuis le début de l'année, reste présente en dépit des risques réels d'érosion de la situation. Aux yeux de l'Union, les efforts diplomatiques de la Communauté internationale doivent à ce stade se concentrer en priorité sur les aspects suivants :
1. la poursuite du dialogue national ;
2. la situation économique du pays et l'aide extérieure ;
3. le retrait des troupes étrangères ;
4. et le processus de Désarmement, Démobilisation, Réintégration, Rapatriement ou la Réinstallation (DDRRR) des groupes armés.
Monsieur le Président,
L'Union européenne a pris note de l'annonce faite par Sir Ketumile Masire, du report du début formel du dialogue inter-congolais au 20 août prochain, report imputable au processus de consultation qui a lieu à l'heure actuelle entre l'équipe du facilitateur et les composantes de la société civile. Il est impératif que cette réunion ait lieu sans nouveau report. Le dialogue doit en effet accompagner la mise en œuvre des accords de Lusaka et permettre de vérifier la volonté des parties à
s'efforcer de trouver une solution durable au conflit. L'Union européenne est d'avis que les participants à ce dialogue se fixent des objectifs réalistes et décident d'un calendrier rapproché. Le facilitateur peut compter sur le soutien de l'Union européenne.
De la reprise et des progrès de ce dialogue mais également de l'ensemble des progrès accomplis dans la mise en œuvre de l'accord de Lusaka découlent en effet le réengagement de la Communauté internationale et la reprise graduelle et équilibrée de l'aide à la coopération en RDC.
Monsieur le Président,
Sur le plan de l'aide justement, il est possible d'aller au delà de la seule aide humanitaire d'urgence. C'est pourquoi l'Union a décidé la reprise graduelle, c'est à dire en fonction des progrès sur le terrain de sa coopération ; et ceci en faveur de l'ensemble de la population. L'Union se félicite du fait que les institutions financières internationales s'engagent actuellement dans cette même voie et elle espère que d'autres pays donateurs annonceront également, par exemple lors de la
prochaine réunion coordonnée par la Banque mondiale, une participation à cet effort.
Nous soulignons ici la nécessité pour les opérateurs humanitaires d'avoir accès à l'ensemble du territoire.
L'Union européenne, par la voix du Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire en visite la semaine dernière en RDC, a réitéré sa disponibilité à engager une aide de 120 millions d'Euros en fonction des progrès concrets accomplis dans le cadre du processus de paix et du dialogue intercongolais.
Monsieur le Président,
Comme vient de le souligner le Représentant spécial, les difficultés de la MONUC sont aujourd'hui réelles, en particulier dans la ville de Kisangani, ville que nous souhaitons devenir le symbole de la réconciliation nationale. Pour ce faire, la démilitarisation immédiate de Kisangani est impérative. Mais le désengagement doit également être effectif dans le reste du pays et ce dans le plus strict respect des plans agréés à Kampala et Harare.
Il importe, à cette fin, de maintenir une pression concertée sur toutes les parties et de tester ainsi leur volonté de paix. Il convient également d'encourager les contacts bilatéraux entre les différents dirigeants de la région comme la récente entrevue, en présence du SG Kofi Annan, entre les présidents Kabila et Kagamé en marge du sommet de l'OUA.
Monsieur le Président,
Attardons-nous quelques instants sur le problème sérieux et évoqué par presque tous les participants d'aujourd'hui : le DDRRR. La question d'un plan de DDRRR est essentielle car le problème des groupes armés sévissant dans l'est du Congo, avec les risques de déstabilisation régionale que cela comporte, est une clef, sinon la clef de ce conflit. Certaines évolutions récentes font entrevoir la possibilité que la Communauté internationale soit mise à bref délai devant la nécessité de mettre en
œuvre un plan de DDRRR. Les besoins doivent être connus le plus rapidement possible afin qu'un programme précis et efficace soit élaboré et que la communauté internationale des donateurs puisse y apporter sa contribution.
La mise au point de tels programmes est cependant complexe. Nous souhaiterions que les Nations Unies, pilote naturel de ce type de plan, par la voix de son Secrétaire général donnent l'impulsion nécessaire à son lancement, et qu'un mécanisme de suivi soit élaboré afin de s'assurer d'une progression rapide des préparatifs.
Le Conseil des ministres des affaires étrangères de l'Union a chargé le Représentant spécial de l'Union européenne de contacter le Secrétaire général afin qu'il désigne une institution pilote pour la conception et la mise en œuvre d'un plan de DDRRR.
Pour l'exécution d'un tel programme, il est probable que le mandat et les effectifs de la MONUC devront être adaptés. Avec le sens de l'urgence nécessaire, l'Union plaidera auprès du Conseil de sécurité pour qu'il soit veillé rapidement à l'adaptation du mandat de la MONUC au cas où cela serait s'avérerait nécessaire. Pour sa part, l'Union serait certainement un des contributeurs importants pour la mise en place d'un tel programme.
Monsieur le Président,
En conclusion, l'Union européenne formule aujourd'hui le vœu que les parties au conflit s'efforcent d'œuvrer pour le succès des accords de Lusaka et entendent les messages que leur adresse la Communauté internationale, en premier lieu le Conseil de sécurité, garant de la paix et de la sécurité internationale.
Monsieur le Président, je vous remercie.
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